LA PÊCHE


L'économie locale repose sur deux piliers : le tourisme et la pêche. Le tourisme, on vient d'en parler et j'espère que vous avez pu vous rendre compte de la richesse du pays bigouden. L'activité de pêche mérite, elle aussi, quelques explications. Quant à l'agriculture, autrefois primordiale, elle a perdu de son importance, et de nombreuses exploitations agricoles se sont reconverties dans le "tourisme vert", proposant d'ailleurs souvent de superbes maisons rustiques à louer, anciens corps de ferme restaurés et aménagés en gîtes ruraux.




Les ports de la côte bigoudène sud, qu'on a appelé les quatre mousquetaires bigoudens (Saint-Guénolé, Le Guilvinec, Lesconil et Loctudy), se succèdent sur une bande côtière de 20 km de long et forment le premier ensemble de pêche fraîche français avec 35 000 tonnes débarquées annuellement par 450 bateaux. C'est une pêche presque entièrement artisanale : 90% des propriétaires de bateaux en sont aussi les capitaines et sortent en mer avec leur équipage. Le chef de file de ce groupe est Le Guilvinec, que ce soit économiquement ou administrativement : c'est le quatrième port de pêche français, et, depuis 1919, le chef-lieu du quartier maritime bigouden, d'où le GV en tête de l'immatriculation des bateaux.

Entrée du port de Loctudy

La pêche bigoudène s'effectue majoritairement au chalut : le chalut est un filet en forme d'entonnoir, que le bateau traîne derrière lui. Il peut s'agir d'une pêche hauturière (de ceux qui restent une à deux semaines en mer, dans l'Atlantique nord) ou côtière (de ceux qui reviennent chaque soir), mais elles sont souvent effectuées par le même type de bateaux, des chalutiers de 15 à 20 mètres de long. Plusieurs générations de chalutiers se cotoient dans les ports : les plus anciens pratiquent le chalutage latéral, c'est-à-dire que le chalut est descendu et remonté par le côté du navire au moyen de mâts. De plus en plus cependant, le chalutage s'effectue par l'arrière et les bateaux sont équipés de portiques sous lesquels les filets sont directement déroulés et enroulés. Vous pouvez voir au-dessus, passant devant le "damier" de l'entrée du port de Loctudy, un exemple de chaque technique : portique arrière à gauche, mâts latéraux à droite.
Ces chalutiers en bois, d'une quinzaine de mètres, sont appelés malamoks, et sont en général utilisés pour la pêche côtière, même si les plus récents comportent des couchettes et un carré (cabine de repos et de repas). Tous disposent maintenant d'équipements électroniques sophistiqués, radio, radars pour repérer les bancs de poissons, liaison satellite avec les services de météo, GPS pour se localiser, etc… Les bateaux sont hérissés d'antennes et les écrans se multiplient dans les cabines.

Il y a une quinzaine d'années est apparu un nouveau type de chalutier, plus gros et plus moderne, en bois et acier, comme celui-ci, le Jacana, à l'entrée du port de Lesconil.Le Jacana

SlipwayCes navires, de plus en plus complexes et sophistiqués, nécessitent une infrastructure de maintenance complète. Une semaine de pêche perdue à cause d'une avarie est une catastrophe financière pour le patron-pêcheur, il faut donc avoir la possibilité d'effectuer toutes les réparations rapidement. Avec son chantier naval, le port du Guilvinec rassemble tous les corps de métiers concernés (mécanique, électricité, électronique, peinture…), et la silhouette bleue du slipway (à gauche), concu pour les grosses réparations sur les chalutiers, en est devenue le symbole.

Cependant les chalutiers ne sont pas les seuls bateaux de pêche bigoudens. On voit de plus en plus de petits bateaux qui sortent pour une demi-journée, et qui posent des filets fixes ou des casiers (pièges à crustacés, qu'on voit bien, ici tout à gauche de la photo), qui sont repérés grâce à des bouées ou des fanions personnalisés. Ainsi, le matin par exemple, le pêcheur sort pour relever les filets et les casiers posés la veille au soir, et en installe de nouveaux pour le soir même. On nomme ces petits bateaux des canots, ou plus familièrement des touc-touc, à cause du bruit caractéristique de leur moteur diesel.
Canot
Canot




L'activité marchande d'un port se concentre dans sa criée, sorte de salle des marchés pour les produits de la pêche. La première criée bigoudène fut celle du Guilvinec, inaugurée en 1959 (auparavant, les bateaux allaient vendre à Concarneau); depuis, tous les ports du quartier maritime se sont dotés les uns après les autres de cet élément essentiel.


La vente en criée est une vente aux enchères, et toute la marchandise du jour arrive aux pieds du crieur (ici à gauche), personnage central, agent assermenté de la Chambre de Commerce et d'Industrie (les ports bigoudens dépendent de la C.C.I. de Quimper). La marchandise, classée en lots, est placée entre les acheteurs (qui sont des grossistes ou mareyeurs) et le crieur, et ce dernier joue le rôle d'intermédiaire : il fait monter les enchères et adjuge chaque lot au plus offrant.Crieur

Le spectacle d'une vente en criée est unique… le non-spécialiste n'y comprend strictement rien car le crieur récite les enchères à toute vitesse, sa voix est déformée par les hauts-parleurs, et les acheteurs manifestent leurs surenchères par des petits gestes quasiment imperceptibles, hochements de tête, clins d'œil…Vente à la criée


Criée de Saint-GuénoléLe cas de Saint-Guénolé est particulier : sa criée informatisée, une des premières mises en service en France (en juillet 1987), fonctionne à l'inverse de la méthode traditionnelle. Les acheteurs peuvent repérer avant le début de la vente les lots qu'ils souhaitent acheter. Puis ils s'installent dans cet amphithéâtre, dans lequel ils sont en liaison constante avec leur entreprise grâce au téléphone : ils peuvent s'informer des cours dans les autres criées et de leurs besoins. Pour chaque lot, le crieur, devenu opérateur, fixe sur l'écran (à droite) un prix de départ élevé, et le baisse progressivement. Un bouton à chaque place permet d'envoyer l'ordre d'achat : le premier acheteur à appuyer dessus emporte le lot, dont la livraison et la facturation sont pris en charge automatiquement par l'ordinateur. Et on passe au lot suivant.
Ici donc, c'est une enchère à l'envers, et toute la difficulté pour l'acheteur est de se manifester assez tard pour que le prix ait bien descendu, mais assez tôt pour qu'un de ses collègues n'ait pas enlevé le lot avant lui, l'opérateur ayant la possibilité de fixer un prix plancher.

Le système de la criée permet aux pêcheurs de mieux vendre leurs produits, car chacun peut ainsi être en contact avec l'ensemble des acheteurs et obtenir le meilleur prix. Les débouchés de la pêche bigoudène sont de trois ordres :

  • la consommation locale, surtout pendant l'été, où les touristes font une cure de produits de la mer frais (pêchés le jour même ou la veille) en s'approvisionnant dans les poissonneries ou les hypermarchés de la région, voire directement auprès des bateaux à leur arrivée dans le port;
  • les grossistes nationaux, voire internationaux, qui font partir tous les soirs des camions frigorifiques à destination de Rennes, Nantes (les deux plus grandes villes bretonnes), Rungis (près de Paris, c'est le plus grand marché de grossistes alimentaires en France), et aussi vers l'Espagne, le Bénélux, l'Allemagne, la Suisse et l'Italie;
  • la conserverie locale : les usines du Guilvinec et de Penmarc'h travaillent pour les grandes marques françaises, et produisent du thon, des sardines, des maquereaux, du calmar…




    Voilà, le pays bigouden, c'est tout ça à la fois, c'est une région fascinante et très agréable, j'espère vous en avoir convaincu ! Comme je vous l'ai dit au début de ces pages bretonnes, je suis bigouden (ça se sent, non ?), et bigouden de Lesconil, qui plus est. J'aimerais donc terminer cette présentation par une page qui lui soit entièrement consacrée… Leskon on the Web, qui l'eût cru !?



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