Gaston (il n'avait pas encore de nom de famille à l'époque 1) est né le 28 février 1957 2 dans les pages du Spirou no 985, et il est difficile de résister au plaisir de reproduire ici les débuts du "héros-sans-emploi" 3.
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Voilà, la carrière du gaffeur est lancée : d'abord exclusivement en illustration et rédactionnel, il paraît en plus dès décembre 1957 chaque semaine en gags d'une demi-planche.
Mais reprenons au commencement…
Nous sommes donc début 1957 et, depuis deux ans, la rédaction du journal de Spirou est dirigée par un certain Yvan Delporte 4.
![]() | Un (beau !) jour, Franquin discutant au téléphone avec Delporte évoque la fonction classique du héros de BD 5. Chacun dans son domaine : reporter, cow-boy, scout, pilote, Gaulois, Romain… Pourquoi ne pas faire un héros qui ne serait "rien" ? Le mieux est de citer André : « Contrairement aux héros, il n'aurait aucune qualité, il serait con, pas beau, pas fort. Ce serait un "héros sans emploi", un héros dont on ne voudrait dans aucune bande dessinée tellement il serait minable… »6 Yvan, toujours réceptif aux bonnes idées pour animer son journal, surtout quand elles viennent d'André, ne met pas longtemps à détecter l'idée géniale, et les premiers traits caractéristiques, les premières gaffes, le prénom même de Gaston 7 prennent naissance au cours d'un entretien entre les deux hommes, dans un café proche des locaux de Dupuis. C'est le début de 40 ans d'une complicité et d'une complémentarité qui, au-delà même de Gaston, ont donné naissance aux pages les plus folles et les plus drôles de la BD belge "classique". |
L'idée géniale en question ne plaît pourtant pas à tout le monde : trop moderne et déjà un petit peu "subversive". On paie quelqu'un à ne rien faire, et en plus les catastrophes qu'il provoque semblent n'être suivies d'aucune sanction, pas même de la part de son employeur. À l'époque, les "bons conseils" administrés à Franquin ne manquent pas : comment peut-il perdre son temps avec un anti-héros, qui n'est d'ailleurs pas particulièrement un exemple pour les jeunes, alors qu'il est d'abord l'auteur du personnage-titre du journal, Spirou, le porteur des valeurs de vertu, de courage, d'intelligence auxquelles la jeunesse doit adhérer… Je n'ai pas trouvé trace dans ma documentation des noms de ces oiseaux de mauvaise augure, sans doute tus par charité ! 8 Heureusement, Gaston fait rapidement rire les lecteurs et donc sourire l'éditeur et le service des ventes du journal.
Comme je l'ai dit plus haut, Gaston n'a pas commencé sa carrière comme héros de bande dessinée, et pour cause. Il est d'abord présent en illustration dans le journal, avec ou sans rédactionnel, et montre déjà l'étendue de ses talents destructeurs. Outre les gags "classiques" (impossible de résister à Gaston foutant le feu à un extincteur ou construisant la plus grande attache-trombone du monde !), on trouve avec Gaston un aspect nouveau dans l'animation du journal, c'est le côté "réaliste pour rire" : Gaston perturbe vraiment l'activité du journal lorsqu'il "fait sauter" une page, par exemple.
![]() © Éditions Dupuis | ![]() © Éditions Dupuis / Marsu Productions |
Ce genre de fantaisie n'aurait bien sûr pas été possible sans la complicité active du rédacteur en chef, qui perd une pleine page de rédactionnel "sérieux" dans l'affaire, mais gagne un effet comique totalement inattendu et inédit.
Cet aspect novateur est important et caractérise la fraîcheur et la drôlerie que gagne le journal sous le règne de Delporte. Franquin : « J'ai toujours pensé, et depuis fort longtemps, que dans un journal pour enfants, comme Spirou, il manquait un élément essentiel qui existait, surtout à l'époque, dans les autres journaux : l'actualité, l'excitation causée par des événements inattendus. Je me suis donc servi de temps à autre de l'idée de créer une actualité bidon et marrante dans les pages de Spirou. »9 Curieusement, les deux pères de Gaston ressentent rapidement le besoin de faire passer leur création au format d'une BD classique : la planche. Paradoxal pour ce qui ne devait justement pas être un personnage de BD. Franquin explique qu'ils se sont trouvés à court d'inspiration pour les animations et qu'ils sont arrivés à la conclusion que le personnage méritait d'accéder aux possibilités (décors, narration…) du gag en planche 10.
Malgré tout, la vraie-fausse histoire de la rédaction de Spirou, avec Gaston comme élément central, restera un des éléments les plus populaires du journal, plus tard sous le nom de "En direct de la rédaction", et continuera à vivre en parallèle des aventures de Gaston sous leur forme classique, en planche.
On vient d'évoquer les deux pères de Gaston… Un troisième arrive, un père adoptif en quelque sorte : un certain M. De Mesmaeker. Non, son prénom n'est pas Aimé, mais Jean, et il est plus connu sous le pseudonyme de Jidéhem !

Ses débuts ressemblent beaucoup à ceux de Franquin : ils sortent de la même école de dessin, Saint-Luc, et de même que Franquin avait été envoyé par Charles Dupuis chez Jijé pour apprendre le métier, Jidéhem a été envoyé fin 1956 à Franquin par le même Dupuis et dans le même but. Par contre, contrairement à l'"atelier Jijé", l'"atelier Franquin" ne se trouve pas au domicile de son chef : il avait loué un petit appartement près de chez lui, à Bruxelles, pour y travailler en paix. Logiquement, Jidéhem y installe sa planche à dessin, de même que le coloriste des planches de "Modeste et Pompon", Jean Verbruggen alias Phumiphon, et un autre dessinateur et scénariste, Marcel Denis. C'était donc avant la naissance de Gaston, et Jidéhem a commencé avec deux courts récits humoristiques de Spirou 11 pour lesquels il a réalisé les décors (tout ce qui n'est pas personnages principaux) et l'encrage (c'est-à-dire le fait de repasser à l'encre sur le dessin au crayon lorsque celui-ci est bon). Ensuite, pour les planches de Gaston et la plupart des aventures de Spirou, Jidéhem a continué cette même participation, décors et encrage, pendant une dizaine d'années.
Ce dessin de Jidéhem 12 est intéressant car il présente cet atelier tel qu'il l'a vécu.

Vous voyez mentionné le nom de Roba. Celui-ci a remplacé Denis en 1958 quand lui et Franquin ont commencé leur collaboration (voir plus bas).
| Et les aventures de "Spirou" dans tout ça ? N'oublions pas que la série principale continue à paraître chaque semaine. À la naissance de Gaston (et de sa fille Isabelle !), Franquin est en plein dans "Le nid des marsupilamis" (et continue à livrer sa planche hebdomadaire de "Modeste et Pompon" à Tintin). L'histoire : Seccotine de retour de Palombie donne une conférence sur le marsupilami, et nos héros se contentent d'y assister. Cette aventure qui n'en est pas une est drôle, poétique et sans violence, à part peut-être celle subie par le jaguar qui tente en vain tout au long de l'histoire de s'attaquer à la petite famille marsue. Elle a un succès énorme dans le public. Quelques nouvelles encore de la "famille" : dans "Vacances sans histoires" (fin 1957-début 1958), un émir chauffard et daltonien emprunte par mégarde la Turbotraction de nos héros et la réduit en miettes. En réparation, il leur offre le tout dernier modèle de la maison Turbot, plus moderne, plus américain, plus "embourgeoisé"... mais moins intéressant du point de vue design que son prédécesseur. Pour cette nouvelle voiture, le journal avait organisé un concours de design auprès des lecteurs, et Franquin a opéré une sorte de synthèse des 13.000 propositions parvenues 13. |
![]() © Éditions Dupuis |
Courant 1958, donc, Jean Roba arrive dans l'atelier où il prend la place de Denis. Encore un talent détecté par Charles Dupuis 14 ! Il a démarré dans le métier en réalisant avec Franquin les trois aventures de "Spirou" destinées à la parution dans le journal Le Parisien ("Tembo tabou" sur un scénario de Greg, "Spirou et les hommes-bulles" et "Spirou et les petits formats"), entre 1958 et 1960. En gros, Franquin dessinait ses personnages, et Roba le reste 15.
En 1959, un autre personnage important du monde de Spirou et Fantasio apparaît dans "Z comme Zorglub"…
| Zorglub est un scientifique, plutôt doué dans son domaine, mais gaffeur et dénué du génie de son condisciple le comte de Champignac. En découlent une jalousie maladive et l'obsession mégalomane de prouver au monde entier la supériorité du "Z" (que vous voyez en fond d'écran de ces pages depuis tout à l'heure), par tous les moyens ou presque. Cependant, et c'est ce qui fait son intérêt, Zorglub n'est pas un personnage tranché : ambitieux mais pas criminel, autoritaire mais pas dictateur, c'est une personnalité torturée, complexée, que nos héros tenteront de remettre sur le droit chemin. Si vous voulez en savoir plus, lisez la belle page sur Zorglub écrite par mon ami Édouard, et à laquelle j'ai ajouté ma touche personnelle : | ![]() |
Les frasques du Z occupent deux histoires complètes, d'avril 1959 à décembre 1960, co-scénarisées par Greg. Leur succède un album-clé dans l'œuvre et la vie de Franquin.

La parution de l'histoire démarre le 18 mai 1961 dans le Spirou no 1205, sans titre mais avec les portraits de Spirou, Fantasio… et Zorglub en bandeau au-dessus des planches. Pourtant, si vous connaissez l'histoire, vous savez qu'on n'y voit pas Zorglub ! Laissons Greg nous expliquer : « Zorglub a participé à deux épisodes, "Z comme Zorglub" et "L'ombre du Z". Franquin a eu alors l'idée de réaliser "Panade à Champignac". Il voulait reconditionner Zorglub en partant de l'enfance, et il avait commencé à dessiner cette histoire. Un gag préalable devait servir d'introduction : le marsupilami avalait un appareil radio. Je commençais à faire Achille Talon à l'époque et nous étions d'accord pour arrêter notre collaboration momentanément. Il avait donc dessiné quelques planches et était allé les porter à Dupuis. L'éditeur, très content, lui a dit : 'C'est bien, mais que va-t-il arriver ?' Franquin lui a raconté l'histoire en commençant par 'C'est Zorglub qui…' et Dupuis l'a arrêté par un 'Non, Zorglub on vient d'en prendre deux histoires de suite, je n'en veux plus'. Franquin, pris au dépourvu, a fait un premier brainstorming avec Peyo, Roba et Delporte (ils ont passé une nuit à carburer). Le lendemain, il m'a appelé pour me demander si je n'avais pas une idée. Il m'a raconté l'action des quelques planches qu'il avait dessinées et j'ai eu le déclic. Je connaissais un radioamateur, et je me suis dit 'Pourquoi ne pas faire du transistor avalé par le marsupilami un émetteur-récepteur ?' Sans que j'aie le scénario, Franquin est allé chez ce gars et a pris des photos de tous ces appareils bizarres dont se servent les radioamateurs 16. J'ai ensuite trouvé l'histoire du petit roi enfermé dans son château qui correspond avec un radioamateur, et du marsupilami qui, lui, émet des parasites. Ça a donné "QRM sur Bretzelburg", QRM voulant dire "perturbations, orage" 17. »18
Voici donc les circonstances de la genèse de l'histoire. Comme souvent, Franquin nous en livre une version un peu différente 19 : il oublie l'intervention de Charles Dupuis pour retenir simplement qu'il s'est trouvé incapable de raccorder les premières planches comiques (les frasques du marsupilami à musique) à l'histoire des deux petits pays voisins et ennemis qu'il avait déjà imaginée, et qu'il a alors appelé au secours les talents de scénariste de Greg. Pour ma part, je préfère me fier à la mémoire de ce dernier, son explication est plus cohérente.
Premières conséquences en tous cas de ce revirement : dans le journal, le titre apparaît, Zorglub disparaît, l'histoire construite par Greg est raccordée aux planches déjà dessinées et démarre immédiatement 20.
| Ce ne sont pourtant que les premières péripéties de l'aventure. Rapidement, Franquin commence à "flancher". « Un jour, environ vers le milieu de l'histoire, j'ai fait une espèce de déprime parce que je me suis trouvé complètement bloqué du côté du dessin. […] Je me suis trouvé brusquement incapable de réaliser un décor, je me suis mis à tourner en rond pour faire les meubles d'une pièce, je n'ai plus senti le courant passer, et j'ai arrêté. Et dans la foulée, je me suis offert une hépatite virale qui m'a démoli pendant une année entière, durant laquelle je n'ai plus rien fait d'autre que du "Gaston", et QRN a totalement cessé de paraître, pratiquement au milieu de l'histoire. »21 | ![]() © Éditions Dupuis |
La case ci-dessus (page 20 de l'album) est celle dont parle Franquin. Elle a été un déclencheur de son malaise à ce moment, malaise mêlant déprime, faiblesse physique et un début de rejet de la série "Spirou et Fantasio". À partir de là, Franquin ralentit sa production, en ne livrant plus qu'une demi-planche de Spirou par semaine pendant trois mois encore, puis finit par arrêter entièrement la série à la fin décembre 1961 22… tout en continuant d'animer "son" personnage, Gaston. La demi-planche de Gaston vient donc remplacer Spirou en couverture du journal 23.
![]() Quand Franquin dessine pour sa petite famille… Isabelle dans le rôle de Fni et André dans celui de Cataclop ! |
C'est bien entendu symptomatique : si André ne se sentait plus la force ni le courage d'animer Spirou, continuer Gaston lui posait moins de problèmes. Spirou, personnage qu'il n'avait pas créé, dont la personnalité trop malléable (le lecteur devait pouvoir s'y identifier sans obstacle) persistait à lui échapper, dont les aventures au long cours ne lui permettaient pas de se renouveler, de s'étonner à chaque planche, dont le rôle-titre du journal le soumettait à une surveillance particulière de l'éditeur et des censeurs de service, commençait à lui peser par contraste avec un Gaston encore tout neuf et qui était sur tous ces points l'exact contraire du personnage de Spirou. Cette lassitude s'est doublée d'une de ces périodes de doute qui parsèment la carrière de Franquin, doute de ses capacités, doute de son imagination. « Moi qui ne suis pas un humoriste véritable mais qui ai besoin de mon imagination, j'ai cru, il y a plus de vingt ans, un jour de déprime et de maladie, que cette imagination s'était définitivement ratatinée. C'est grâce à ma fille, toute petite à l'époque, que je me suis prouvé le contraire. » André évoque merveilleusement dans Et Franquin créa la gaffe, page 89, les histoires inventées pour la petite Isabelle, qui ont ranimé, ravivé en douceur l'imagination du conteur Franquin et qui lui ont permis de reprendre le dessus. |
Physiquement remis, mentalement reposé, il finit donc par reprendre son récit où il l'avait arrêté et la parution dans Spirou reprend à partir d'avril 1963, après donc plus d'un an et quatre mois d'interruption. « Je suppose que j'avais retrouvé la santé, car cette histoire, commencée laborieusement, a repris beaucoup plus facilement. Je crois que la façon dont j'ai continué prouve que je m'y étais retrouvé en bonne forme. C'est même une histoire qui a fini par m'amuser beaucoup ! »24 Et il en profite pour reprendre en main le scénario, n'ayant plus besoin de l'aide de Greg.
Cependant, on peut dire que "QRN sur Bretzelburg" est la dernière vraie grande aventure de Spirou dessinée par Franquin. En effet, les trois dernières histoires de Spirou réalisées avant son abandon de la série sont toutes des cas particuliers :
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C'est un feuilleton d'Yvan Delporte, illustré par Franquin (donc un texte illustré et non une bande dessinée). Comme par hasard, Gaston y tient une place prépondérante… |
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Spirou et Fantasio ne jouent dans cette courte histoire qu'un rôle presque secondaire : ce n'est pas une aventure de Spirou et Fantasio, c'est un gag de Gaston qui court sur 22 planches ! |
© Éditions Dupuis
La dernière aventure de Spirou dessinée par Franquin commence de nouveau comme un gag de Gaston sur 4 planches et demi. Et comme dans "QRN sur Bretzelburg", l'auteur "flanche" dès les premières planches de gags passées : Franquin "fait du Gaston" avec jubilation puis n'arrive plus à rien dès qu'il s'agit de glisser vers l'animation d'une aventure de Spirou et Fantasio 25. Mais cette fois, ce n'est plus Greg qui va le tirer de ce mauvais pas, mais Peyo et Gos, dont les noms figurent sur la page de garde de l'aventure. Peyo, le créateur des célèbres Schtroumpfs, réalisait à ce moment avec Gos l'histoire qui deviendra "Les Schtroumpfs et le Cracoucass", et semblait avoir des difficultés à développer son récit. Il proposa donc à Franquin un échange de bons procédés, un travail en commun pour mener à bien les scénarios des deux histoires. André ne peut citer avec précision les apports de Peyo et Gos dans "Panade à Champignac" mais dit avoir trouvé le nom du Cracoucass et l'avoir dessiné 26. Au final, comme pour "QRN", Franquin s'est beaucoup amusé à terminer "Panade à Champignac" !
Il a souvent été dit que cette histoire constituait une parodie, une destruction de la série "Spirou et Fantasio" ridiculisant ses personnages, une aventure bidon composée de suspenses tronqués, de faux dangers, de poursuites étriquées, de péripéties grotesques et d'ennemis miteux… Il y a probablement, connaissant le ras-le-bol patent de Franquin envers la série à ce moment-là, une part de vrai dans cette interprétation. En tous cas, le récit par lui-même ne ménage pas ses efforts : les rebondissements sont permanents, l'humour est dense, bref on ne s'ennuie pas à la lecture ! C'est d'ailleurs l'histoire préférée de son auteur, et s'il y a parodie, elle n'est pas consciente, car il est certain que Franquin, lorsqu'il a réalisé "Panade", n'avait pas encore pris sa décision d'arrêter Spirou. Pour preuve, ce "nouveau radar" installé par le Comte sur le toit du château de Champignac, bien visible sur la couverture de l'album, expressément mentionné page 8, et qui ne joue aucun rôle dans l'histoire… Franquin explique qu'il avait en tête le scénario d'une future aventure, dans laquelle ce radar aurait eu son importance 27.
Mais une fois "Panade" terminé, les forces lui manquent définitivement pour s'engager dans une nouvelle aventure de Spirou. Accaparé et passionné par Gaston, Franquin ne veut plus de Spirou 28, dont les dernières apparitions (depuis tout de même 7 ans avec le début de la parution de "QRM sur Bretzelburg" !) se sont faites dans la douleur. « C'est une histoire qui m'a tourmenté beaucoup, qui m'a empoisonné des mois, pour ne pas dire des années 29. Et un jour, j'étais avec Liliane dans un hôtel de la côte belge, où je traînais lamentablement mon boulet et mon "cas de conscience", et au cours d'un repas, brusquement, j'ai regardé ma femme et lui ai dit : "Tu sais quoi ?… Je vais leur dire que je ne dessine plus Spirou 30 !" - "Ah ! m'a-t-elle répondu, si tu veux… si c'est ce dont tu as envie, tu as raison !" J'ai pris cette décision, je la leur ai annoncée quelques jours après, et je me suis senti libéré d'un grand poids ! »31
| Franquin cède ses droits sur tous les personnages de la série, sauf le marsupilami, et c'est un jeune dessinateur récemment rentré chez Dupuis, Jean-Claude Fournier, qui reprendra Spirou à partir de mai 1969. Franquin voulait réutiliser le marsu pour une série ultérieure 32, c'est pourquoi il continuera à le dessiner dans la première histoire réalisée par Fournier, "Le faiseur d'or". Mais Fournier n'utilisera plus le marsupilami par la suite et volera de ses propres ailes, inventant progressivement ses propres personnages secondaires. | ![]() |
Fin donc d'une aventure qui aura duré plus de 22 ans… quelle évolution entre le groom hérité de Jijé et le jeune homme en blouson de "Panade". Le Spirou de Franquin a probablement permis aux éditions Dupuis de survivre à l'après-guerre et au déferlement des comics américains ; Spirou a offert à Franquin la révélation, l'affirmation, la consécration. Mais il y avait une chose que Spirou ne pouvait pas lui offrir : le champ libre. Gaston triomphe donc en 1968, un Gaston de plus en plus débridé, mais aussi petit à petit de plus en plus "subversif"… un Gaston bien dans son époque, et un support idéal pour son créateur qui se prépare à la décennie la plus drôle de toute la bande dessinée.
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